Les religions dans les médias : qu'en pensent les Américains ?

Pour la première fois, une double enquête, menée par le Knight Program in Media and Religion de l'université de Californie du sud et par l'Institut de politique appliquée de l'université d'Akron, Ohio, confronte le point de vue des citoyens américains à celui des journalistes en matière de traitement médiatique des religions. La première partie de l'enquête consistait en un questionnaire téléphonique passé auprès d'un échantillon national de 2000 personnes  adultes réparties sur l'ensemble du territoire. Dans la seconde phase, un questionnaire en ligne comportant 800 questions était distribué à un échantillon représentatif de journalistes.

Le rapport de l'enquête, présenté le 5 avril dernier, révèle que deux tiers des personnes considèrent que la couverture des faits religieux est rendue de manière trop sensationnelle dans les nouveaux médias, un point de vue qui est partagé par moins de 30% des journalistes. Du côté des journalistes, moins d'un cinquième seulement des rédacteurs pensent être "très informés" en termes de connaissance des religions. Et même ceux-là avouent être principalement familiarisés avec leur propre tradition religieuse, sans pouvoir rendre compte d'un plus large éventail de pratiques et de croyances pourtant existantes dans la société. L'ensemble des enquêtés considèrent que le travail effectué par les nouveaux médias en termes de couverture des faits religieux est insuffisant, et rangent le journal télévisé au plus bas de cette hiérarchie, tant pour la qualité que pour la quantité des informations apportées.

Diane Winston, titulaire d'une chaire en médias et religion à l'USC Annenberg School for Communication and Journalism, regrette que "les groupes de presse soient, à juste titre, préoccupés par la création de techniques marketing plus efficace et le développement de technologies de pointe", qui se fait, selon la chercheure, au détriment de leur ressource la plus élémentaire, les journalistes expérimentés. Elle insiste sur les attentes du public : "les nouveaux consommateurs veulent plus de reportage sur l'expérience religieuse authentique et beaucoup moins sur les politiques d'essentialisation du religieux. Mais les journalistes ne peuvent pas arriver à ce résultat s'ils sont informés en matière de religion simplement par ce qu'ils entendent à l'église ou à  ironiquement à par ce qu'ils lisent dans la presse".

Pourtant, pour John Green, directeur du Ray C. Bliss Institut, la religion occupe plus que jamais une place prépondérante dans la société américaine, tant en termes politiques que dans la culture populaire que dans les relations extérieures voire dans l'économie. L'enquête révèle également un certain nombre de divergences entre l'opinion des citoyens et celle des journalistes. En effet, la majeure partie des personnes interrogées considèrent la religion comme une source de bienfaits. La plupart des journalistes, en revanche la voient comme un champ offrant à la fois des bénéfices et des désavantages pour la société. D'autre part, là où les journalistes estiment que les informations transmises au public doivent essentiellement porter sur les institutions et les événements qui y sont spécifiquement liés, le public, athée ou croyant, affirme s'intéresser davantage à des sujets liés à des expériences religieuses et à la pratique spirituelle.

Or, les divergences entre les attentes des nouveaux consommateurs et la production journalistique suggèrent que cette nouvelle couverture médiatique ne tient pas compte de l'importance de ce domaine. Ce constat devrait, selon John Green, constituer à la fois un challenge et une opportunité, à un moment où l'innovation dans la profession apparaît comme inéluctable.