Les religions et la laïcité en Belgique - Rapport Orela 2012

Le rapport Religions et laïcité en Belgique propose un état des lieux annuel relatif aux religions et aux convictions en Belgique. Il est basé sur les informations engrangées par l'Observatoire des religions et de la laïcité, sur la littérature scientifique disponible et sur les actualités relayées par la presse écrite.

Les différentes communautés

Comme en France, il n'existe pas de chiffres officiels concernant la religion en Belgique. Ce type de recensement est interdit par la Constitution. L'Observatoire délivre donc des estimations à partir d'enquêtes universitaires. Selon les sociologues Liliane Voyé et Karel Dobbelaere, la moitié des Belges se définissent comme catholiques. Cependant, ce constat est vite nuancé : se dire catholique, ce n'est pas nécessairement pratiquer. D'autant que les scandales pédophiles éclaboussent toujours l'Église belge, lui faisant perdre crédit auprès de nombreux fidèles, et que l'archevêque ultra-conservateur de Malines-Bruxelles, André-Joseph Léonard, nommé au poste en 2010, ne fait pas l'unanimité même parmi ses pairs. Le rapport souligne qu'il n'y a aucun cardinal belge et que seuls huit prêtres catholiques ont été ordonnés en 2012, dont trois belges et cinq étrangers. Ces constats traduisent des relations parfois difficiles avec le Saint-Siège et une crise des vocations très marquée. Les personnes se déclarant sans appartenance religieuse représentent 42% des interrogés par les sociologues Liliane Voyé et Karel Dobbelaere. Sont inclus les agnostiques et les athées, toujours plus nombreux et organisés en associations, selon le rapport. L'islam est la deuxième religion du pays avec 5% de personnes s'y déclarant affiliées. Ce chiffre inclut les personnes « perçues comme musulmanes ». Viennent ensuite les « chrétiens » - évangéliques, protestants - qui représentent 2,5% de la population. Le rapport pointe d'ailleurs le « remarquable dynamisme de nombreuses églises évangéliques »,notamment les pentecôtistes mais également de nouvelles dénominations protestantes qui se constituent en églises parfois éphémères. Les juifs rassembleraient 0,4% de la population belge. Y sont assimilés les pratiquants, mais aussi « ceux qui relèvent d'une appartenance identitaire ou culturelle ». Le rapport décrit deux autres groupes : les anglicans (10 communautés reconnues dans le pays) et les orthodoxes (38 paroisses). Les bouddhistes représenteraient quant à eux 0,3% des belges. Le nombre d'hindous n'est pas spécifié.

Séparation de l'Église et de l'État

Depuis 1830, en Belgique, six cultes sont reconnus et subventionnés : catholique, protestant, anglican, israélite, islamique et orthodoxe. Les bouddhistes et les hindous se rassemblent en association et tentent de se faire reconnaître. L'Etat prend également en charge les aumôneries dans les prisons, à l'armée, dans les hôpitaux. des émissions religieuses sont diffusées sur les chaînes publiques et les bâtiments classés peuvent prétendre à des financements et des exonérations d'impôts. Les mouvements laïques sont également très présents dans le paysage belge. Le Centre d'action laïque (CAL) est très actif dans la région francophone et son avatar, le Unie Vrijzinnige Verenigingen (UVV) l'est tout autant côté néerlandais. Ils servent d'interlocuteurs aux autorités et participent aux débats publics.

Quelques constats

Le rapport note une omniprésence persistante de l'Eglise catholique, bien que les foules ne se déplacent plus en nombre pour aller aux messes. Les scandales pédophiles, l'entrée de Michelle Martin - ex-compagne du pédophile Marc Dutroux - chez les clarisses de Malonnes, ont profondément choqué l'opinion publique belge, preuve de son attachement à l'Eglise, selon la sociologue Liliane Voyé : « la violence des réactions trahit le fait que l'Eglise est encore considérée comme une institution supposée défendre des valeurs et être synonyme d'une certaine éthique, entre autres en matière sexuelle. On observe aussi une méconnaissance grandissante du catholicisme, de ses normes et des valeurs qui le constituent. », analysent les auteurs du rapport. Deuxième religion qui attire l'attention médiatique : l'islam. « Celui-ci est toutefois presque toujours abordé sous un angle très spécifique, pour ne pas dire réducteur » précise le document, en donnant l'exemple d'un contrôle policier de femme en niqab qui a mal tourné en mai 2012 ou encore de l'agression de deux policiers par un homme présumé islamiste intégriste. Du côté des protestants, « peu d'intérêt » médiatique selon le rapport, malgré les changements actuels, à savoir la fusion des institutions luthériennes et calvinistes réunies en l'Eglise protestante unie de Belgique. Les évangéliques font également peu parler d'eux, bien que les auteurs soulignent « le remarquable dynamisme de nombreuses églises évangéliques ». Les différents courants sont encore mal connus et difficiles à cerner dans la mesure où certaines églises disparaissent vite et sont peu visibles. De manière générale, le rapport note que le champ religieux reste concurrentiel, notamment concernant le monopole de certains espaces urbains et des conversions. Mais il existe également une rivalité économique du religieux puisque celui-ci ouvre des marchés transnationaux (le halal par exemple) qui comptent dans une économie mondialisée. Les auteurs pointe enfin deux paradoxes d'ordre sociologique : « d'une part, un effondrement de la pratique religieuse, [...] d'autre part un retour institutionnel de celle-ci ; ensuite [...] l'effacement de la référence chrétienne [...] et en revanche une adhésion manifeste là où elle demeure maintenue, comme à l'école publique. »

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Source: article reproduit avec l'autorisation du Fil expert de Fait-religieux.com, le 14.06.2013.

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