Religions et droits de l'Homme au programme de l'Institut international des droits de l'Homme

La 44ème session d'enseignement de l'Institut international des droits de l'Homme (IIDH) s'est ouverte lundi 8 juillet à l'université de Strasbourg sur le thème Religions et droit international des droits de l'Homme. Jusqu'au 26 juillet, près de 300 personnes - étudiants, magistrats, avocats, juristes, personnels d'ONG, universitaires et fonctionnaires nationaux et internationaux - venues de tous les continents vont suivre une quarantaine d'heures de cours thématiques et d'approfondissement sur l'articulation entre religions et droits de l'Homme ainsi qu'une quarantaine d'heures d'enseignements généraux sur les droits de l'Homme dans le droit international et les systèmes de protection de ceux-ci aux niveaux des Nations unies, de l'Europe, des Amériques, de l'Afrique, du monde arabe, et de l'Asie. Ces cours seront dispensés en cinq langues, par plus de quarante  intervenants universitaires.

« Arbitrer entre les aspirations des fidèles et celles des incroyants »

L'IIDH met l'accent chaque été sur enjeu d'actualité afin de fournir aux professionnels des droits de l'Homme des connaissances qui leur permettent une plus grande efficacité dans leurs actions de terrain. Elle portait l'an passé sur la protection des données personnelles. Il y a une douzaine d'années, l'IIDH s'était déjà penché sur le droit des religions en choisissant comme thème de session la protection internationale de la liberté religieuse. Le retour au thème des religions cette année se veut plus vaste afin de mettre en lumière « les liens, interactions, et antagonismes entre les religions et les droits de l'homme », selon la note d'intention de l'institut. « Le monde contemporain offre  hélas de nouveaux exemples des déchirements auxquels peut mener le combat idéologique, souvent sous couvert de religion », a expliqué Jean-Paul Costa, président de l'institut, lundi 8 juillet lors de son discours d'ouverture dans l'hémicycle du Conseil de l'Europe. « Il n'est pas rare que les juges, à l'échelle d'une nation ou sur le plan international, doivent arbitrer entre les aspirations des fidèles et celles des incroyants, ou entre l'exercice de la liberté  religieuse et les contraintes de la paix sociale et de l'ordre, a ajouté cet ancien président de la Cour européenne des droits de l'Homme. Il n'est pas non plus exceptionnel que le droit de croire ou de ne pas croire, de manifester sa religion ou ses convictions, religieuses ou non, entre en conflit avec d'autres libertés fondamentales, telles que le respect de la vie privée ou la liberté d'expression. Dans mes fonctions au  sein de la Cour européenne des droits de l'homme, j'ai pu constater que ces conflits, entre des libertés souvent également respectables, ne sont pas faciles à trancher,  et que la souhaitable conciliation entre les droits et les libertés ne se réalise pas toujours. »

Le programme 


Cours thématiques

  • La place et le rôle de la religion dans le cadre de la démocratie (4 heures à Jeffrey Haynes, directeur du Centre for the Study of Religion, Conflict and Cooperation, London Metropolitan University, Royaume-Uni)
  • L'Etat et les religions (4 heures à Thierry Rambaud, professeur à l'université Paris Descartes)
  • Le principe de laïcité : valeur universelle ou valeur contingente ? (4 heures à Jean Bauberot, professeur émérite, groupe Sociétés religions laïcité du CNRS et Ecole pratique des hautes études, Paris)
  • Religions et libertés individuelles : approche comparative (4heures, Dieter Grimm, professeur au Wissenschaftskolleg zu Berlin, Allemagne)
  • Genre et religions (4 heures à Ingrid E. Lilly, professeur au département de philosophie et religion de la Western Kentucky University, Etats-Unis)
  • Systèmes politiques, religions et droits de l'homme (4 heures à Andrew Bramsen, professeur à la Baylor University, Texas, Etats-Unis)
  • Droit des religions et droit international des droits de l'homme (4 heures, M. Louis-Léon Christians, professeur à l'université catholique de Louvain, Belgique)
  • Le dialogue interculturel et interconfessionnel en droit international des droits de l'homme  (2 heures, Mohammed Haddad, professeur à l'université de Tunis, à l'école normale supérieure de Tunis et responsable de la chaire Unesco d'études comparatives des religions).  

Cours d'approfondissement

  • L'autonomie et le pluralisme des églises et des communautés religieuses (2 heures - Francis Messner, directeur de recherche au CNRS, Centre « Religion, droit et société en Europe, université de Strasbourg, Alsace)
  • La laïcité dans le contentieux international en matière de droits de l'homme (2 heures à Michel da Salvia, professeur sous contrat à l'université catholique de Milan, Italie, et ancien greffier et ancien jurisconsulte de la Cour européenne des droits de l'Homme)
  • Conflits entre différents droits : la liberté de religion au vu d'autres droits (3 heures à Jim Murdoch, professeur à l'université de Glasgow, Ecosse)
  • Le négationnisme et la religion (2 heures à Thomas Hochmann, maître de conférences à l'université de Reims, Champagne-Ardennes)
  • La Protection des minorités religieuses (2 heures à Nazila Ghanea, lectrice à l'université d'Oxford, Angleterre).


Diplôme 

L'Institut international des droits de l'Homme est une association de droit français, reconnue d'utilité publique depuis 2002 et qui rassemble 300 membres. Il a son siège à Strasbourg.  Fondé en 1969 par le prix Nobel de la paix et corédacteur de la Déclaration universelle des droits de l'Homme René Cassin, l'IIDH œuvre pour la promotion des droits de l'homme à travers des activités de recherche et de formation. 

A l'issue de ces trois semaines de formation, les participants diplômés d'un niveau master ou équivalent dans les domaines du droit international ou des droits de l'homme peuvent prétendre au Diplôme de l'IIDH, sous réserve d'acceptation de leur candidature et de réussite aux examens spécifiques. En outre tous les participants reçoivent un certificat après avoir un subi un test sur les connaissances générales acquises à l'issue des enseignements.  

En plus de sa session thématique, l'IIDH organise chaque année une session de formation sur le droit international des réfugiés en partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés. Il organise aussi depuis quelques années des sessions de formation délocalisées à travers le monde entier (Afrique de l'Ouest, Haïti, Liban...).